« Pendant mes premières années d’analyse, je n’ai parlé que d’elle, raconte Hélène, 39 ans. Je n’en pouvais plus ! Mais j’étais persuadée que c’était elle qui détenait la clé de mes problèmes amoureux. Impossible de regarder dans une autre direction ! » Selon la psychanalyste Virginie Megglé, « nous convoquons la mère, sur le divan par exemple, parce que nous avons mal et que nous espérons trouver la cause de cette douleur à l’extérieur de nous-mêmes, et au début de tout.
Or, au début de tout, il y a la mère, cela ne fait jamais le moindre doute, comme le dit la phrase du droit romain : “Mater certissima, pater semper incertus” (“de la mère on ne doute pas, du père on est toujours incertain”). Ce que l’on oublie, en revanche, c’est que l’origine n’est pas la cause. Si elles sont à l’origine, les mères ne sont pas la cause de tout ». Derrière cette confusion se tient le désir inconscient de rester l’enfant dépendant d’elle.
Même douloureuse, cette posture coûte moins, parfois, que la peur de devenir adulte ou de couper le cordon. Autre explication avancée par la psychanalyste : « Portés par le désir d’aller mieux, nous nous lançons en quête d’une vérité qui serait claire et définitive, ce qui conduit à une simplification : mal égale mère. » Une schématisation faussement soulageante, car, comme le remarque le psychologue et psychanalyste Michael Stora, « en même temps que nous la convoquons en termes négatifs, nous culpabilisons de le faire, c’est tout le paradoxe de la relation à la mère ».
Michael Stora met également cette volonté de désigner les mères comme fautives sur le compte d’une fragilité narcissique généralisée : « Si une femme considère son enfant comme le prolongement d’elle-même, à la fois source de récompense et porteur de tous ses idéaux, elle va se sentir d’autant plus responsable de lui, tout en le culpabilisant de la faire vivre dans une telle toute- puissance. » Culpabilité qu’il retournera contre elle en l’accusant de tous les maux. Cette fragilité est, selon le psychologue et psychanalyste, un résidu des guerres mondiales. « La génération des baby-boomeurs qui a suivi a été surinvestie, idéalisée…
Cette narcissisation est intervenue comme une stratégie de défense pour panser les traumatismes. Mais elle a aussi renforcé l’idée que l’équilibre psychique des mères dépendait de leurs enfants, et réciproquement. » Souvenons-nous de Romain Gary et de sa Promesse de l’aube (Gallimard, Folio, 1973) ou d’Albert Cohen et de son Livre de ma mère6 : deux enfants de l’après-guerre adulés par leur mère et pour qui… elle était tout. Trop.
C’est dans ce contexte que, progressivement, et su
rtout à partir des années 1970, s’est imposée ce que Brigitte Allain-Dupré appelle « une culture de l’éducation des mères » – la « génération Dolto ». Les intentions de départ étaient bonnes : mettre à la portée de toutes des connaissances psy et combler le manque d’accompagnement de ces femmes souvent éloignées de leurs parents.
Mal compris, mal reçus, ces conseils ont pu renforcer le sentiment des mères de ne pas savoir s’y prendre, leur peur de mal faire, leur désir de « parfaitement faire ». Et la tendance générale, en cas de souci, à les désigner. Comme s’il existait un modèle de « mère suffisamment bonne », pour citer Donald W. Winnicott7, qu’il suffirait de suivre. Or, mentionne Brigitte Allain-Dupré, au cours des dernières années, « les recherches ont montré que des mères très différentes pouvaient développer des qualités d’attachement tout aussi fortes chez leur enfant ».
http://psychologysexo.blogspot.com/2014/05/est-ce-toujours-la-faute-des-meres_18.html




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